15 signes qui montrent que tu es un runner lent [2/2] | LJQR

Courir: [En parlant de l'homme et de certains animaux] Se déplacer rapidement par un mouvement successif et accéléré des jambes ou des pattes prenant appui sur le sol. Voilà pour la partie théorie. En pratique c'est souvent moins limpide ...



Quoiqu'il en soit, le dimanche matin, aux courses, il y en pour tous les (parfois mauvais) goûts: runners affûtés en quête de chronos et de "boite", frimeurs suréquipés qui sauteront au km 2, coureurs déguisés en meute bruyante, vétérans 4 à bandeau fluo, petite gazelle au booty torticolant .... une vraie fresque!

Les signes 1 à 8 ...



(9)

Positive split et agonie


Pas très fair play de te coller sur le dos - déjà voûté par le manque de technique - un tel concept jargonneux de la course à pied. Pas grave, tu n'avais qu'à en faire moins histoire de passer in cognito plutôt qu'entre les fourches caudines de notre méchanceté gratuite! 

Bref, tu es parti(e) lentement et tu finiras lentement. Tarif dégressif! La faute aux gosses dans les mains desquels tu as tapé benoitement pour jouer les sympas que tu es vraiment au fond. Sur la fin, à force de grimaces et de postures, tu es dans le dure. Ta performance à toi relève plus de l’intermittence du spectacle que de l'allure cible respectée!



(10)

Débordé par les vieux, les surpoids et les unijambistes


La loi du sport est implacable. Même si ton esprit running béa t'a maintenu dans l'illusion que non, si! Te voilà repris(e), au train, par un panel de runners assez underground. Pire que la voiture balais pour le cycliste en perdition! Si!

Nous n'épiloguerons pas sur ce tableau assez funeste. Le coureur lent prend parfois, pas toujours (surtout s'il est occupé à faire autre chose que courir quand il court), un coup au moral à ce moment là du dimanche! Parfois même, il prend des résolutions (il cessera toute pratique, ou s'y mettra vraiment, provisoirement, faut pas déconner ..).



(11)

Le speaker et la foule t'encouragent

(sauf si tu finis loin et que tout le monde est parti ou s'est désintéressé de la course)


Avec le coureur déguisé et sa meute, tu partages ceci. Une sorte de capital sympathie, l'empathie pour toi. Courageux est le qualificatif qui revient en boucle dans la bouche des spectateurs t’encourageant dans cette dernière ligne droite. Les gens sont gentils! Attention cependant à ne pas finir trop loin, sinon il n'y aura plus personne pour te porter sur ces derniers hectomètres. Le rôti du dimanche a un pouvoir l’attraction contre lequel tu peux difficilement lutter, malgré, parfois, tes allures de dinde!

Si tu sais bien calibrer ton timing, tu auras droit aux acclamations du public et du speaker (attention aux larsens, ça fait mal aux oreilles) ... ta récompense à toi.



(12)

Ravito vide

Les absents ont toujours torts. Les retardataires ont souvent les miettes. Tu devras hélas te contenter des rebuts du ravito! Il avait pourtant fière allure (décidément ce mot est la source de tous tes maux!) avant ton sourire pour photographes à la mi-course! Trop tard à la soupe. de toutes façons tu ne le mérites pas!



(13)

Tu ne restes pas pour les podiums


Tu as fait ta B-A donc basta! L'organisation et les classés ont attendu les coureurs lents pour le protocole, parfois dans le froid et sous la pluie! Et pourtant les derniers sont les premiers ... à déguerpir du bled! Allez, va vite te gaver de mauvaises huiles, c'est ta récompense!



(14)

Tu es fier d'être Finisher

Pas de podium, ravitaillement déprécié ... mais #Finisher quand même! Toutes les courses ne font pas (encore?) dans la médaille signée anglicisme pouacreux! Mais qu'importe, tu es finisher de ce 10 km local! Certes, ce ne sont pas les 10 bornes de Paname et son strass clinquant mais quand même! La grande communauté n'a que faire de ses distorsions d'échelle! Tu vas toi aussi pouvoir parader lundi à la machine à mauvais café entre deux ragots, mais aussi surtout sur le 2.0 ....

(15)

Last but not Least & Synthèse: tu entretiens la bulle esprit running 2.0 sur les réseaux sociaux et inspire le Joggeur qui râle puis le censure via les modérateurs Pascaliens



Fier(e) de tes exploits omnibus, tu ne peux bien évidemment pas les contenir, c'est bien légitime de prime abord. L'homme en général, et le runner en particulier, est un être social en quête de reconnaissance, désormais  et avant tout 2.0, c'est tellement plus pratique et l'auditoire sans limite théorique!

Selfies d'avant, pendant et d'après-course à gogo, voir tout azimut, puisque ton allure te permet les pauses egotripantes, tu ne te gênes donc pas. S'il y a médaille, elle finit en toute bonne logique entre deux canines puisque la course à pied fait désormais partie de ta chienne de vie! Hastag Finisher en ornement de ton post Facebook de debriefing entre autres # pléthoriques, tu souffres naturellement de hastagite aiguë!

Malheur à toi par ailleurs si on découvre une photographie de toi et ta clique affublé(e)s d'un coeur avec les mains!

Phénomène désormais observable et très inquiétant: les publications -réseaux sociaux - avec écriture inclusive - nous avons dans le cadre de cette chronique dû faire dans le (...) afin de ne pas trop sexualiser (les gauchistes idéologiques diraient "genrer") le texte, même si en bonne ordure que nous sommes, nous visions essentiellement mesdames, forcément - nous ne ferons aucun autre commentaire que celui-ci: la course à pied ne met pas à l'abri, surtout réalisée dans ces conditions, de l'aliénation mentale et cognitive.

Cette chronique finalement plutôt gentille et peu offensive, sera malgré tout signalée, comme outrage à la bien-pensance déclinée au running, ce petit marché en expansion aux règles morales progressivement bordées par toute la mièvrerie puante des sociétés occidentales en déclin en forme de chute libre pour l'heure encore étonnamment sans fond (et aux formes de plus en plus disgracieuses).

Le coureur lent traité ici n'est pas le coureur du dimanche lambda. Il est question du coureur d'apparat, suivant la meute. La course à pied a le vent en poupe et notre abruti du jour se dirige, ici en courant donc, dans le sens du vent comme une girouette consommatrice-compulsive.

 La performance ne s’achetant pas, notre docile publicité ambulante se mue in extremis comme apôtre du désintéressement sportif, la quête de vitesse reflétant trop la mentalité capitaliste à laquelle notre coureur participe paradoxalement. Tel est le nœud de cette névrose moderne à laquelle participe la folie de la course à pied... Une liberté rattrapée par l'aliénation consumériste, laquelle ne se décline plus seulement dans l'acte d'achat, mais aussi dans ostensible affirmation autoritaire du "moi je" ...

Parce-que facebook va nous censurer encore une fois pour cette chronique, merci de partager celle-ci afin de rompre avec le sportivement correct qui voit dans la course une chose si sérieuse que le second degré tend à y être banni. Nous dédicaçons cet article aux censeurs 2.0  ...



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