Ringard: Le Runner à Selfie |LJQR

Mis à jour : oct. 4

Désormais, il est un rituel post-séance à étaler impérativement & illico sur les réseaux sociaux du running: le Selfie. Aspirateur de pouces bleus, cœurs et autres commentaires creux à charge de renvoi d'ascenseur, bien sûr. La magie des réseaux sociaux et l'abstraction quantitative dans toute sa splendeur. Ou laideur. Au choix.



Paradoxalement (en apparence du moins), certaines voix s'insurgent contre l’exploitation de leur image captée par ces fripons de photographes sur les courses et entendent faire interdire la diffusion éventuelle. Même son de cloche (celui du dernier tour pour ces esprits étriqués?) s'agissant de la diffusion des résultats sur les bases en vertu d'une violation de la vie privée. Une vie privée à géométrie variable pour le runner2.0




Parce-qu'on est jamais mieux servi que par soi-même


Cet adage populaire n'avait a priori pas vocation à régir le paradigme égocentré et servir de caution au culte du Soi, mais o temporas, o mores ...


Las d'être pris au dépourvu par la photo prise à son insu à la sortie d'une relance, le runner apprêté grogne désormais ouvertement. Il entend faire interdire l'utilisation de son image! Une clause du règlement de nos chères courses vise pourtant la chose, et le runner à dossard, par son inscription souscrit à celle-ci (pareil s'agissant des barrières horaires sur LONG). Mais qu'importe, le runner 2.0 se sent comme absous aux obligations auxquelles il adhère, le runner roi. Un créancier unilatéral.


Bref.


Le runner 2.0 est avant-tout un individu assez lambda. Un individu soumis et régis par l'ingénierie sociale ambiante. Un consommateur, docile, aliéné et indigné sur commande à intervalles réguliers. #JeSuisdeAàZ


Le runner 2.0 pratique ainsi le Selfie avant/pendant/après sa séance pourtant anonyme. Debriefing, pathos et #Hashtags sur les réseaux sociaux pour collecte de pouces bleus, cœurs et autres commentaires creux à charge de renvoi d'ascenseur. La magie des réseaux sociaux et l'abstraction quantitative dans toute sa splendeur. Ou laideur. Au choix.


Le selfie et donc désormais Runfie (simple convenance terminologique en forme de néo-jargon creux fédérateur de crypto-communauté, ou cœur de cible marketing), traduit l'ambiance globale, conjoncturelle.


Comprendre 'impact du selfie sur le running ...


Le runner se prêtant au Runfie ricane et alimente l'égrégore du running creux. Trop cool. Sa petite personne au centre du Grand Monde s'étale sur les réseaux sociaux au service de l'Autre. Un Autre qui n'a pourtant pas besoin de ce cirque fongible et interchangeable déjà existant. Mais qu'importe, c'est l'ego qui est aux manettes, et l'égo, quand il a la dalle, il ne pense qu'avec des œillères cognitives basiques.


Le Runfie, avant de le poster, on peut le trier. On tri puis on décide de le partager. Le site de ta course saucisson du dimanche n'a pas cette élégance précieuse. Le mec te chope numériquement avec son canon à lunettes de sniper en haut d'une cote, et balance tout dans l'éternel numérique sans se soucier de ta susceptibilité! Salopard! Quel contraste entre ce Runfie de Toi et cette photographie de toi ... Le Runner 2.0 ne sort donc jamais les babines?! Ah si en fait!




Touche pas à mon droit à l'image!


Par égocentrisme matérialiste, le runner s'ubérise donc. Il se charge de. Et comme il est "moi je" et confine au running 3.0, il revendique son droit "à". Un créancier arrogant et autoritaire.



Torquemada du "Moi"


Mon image c'est moi, et mon "moi" je m'en charge. Le runner 2.0 aime se su-exposer dans l’abstraction numérique infini dans lequel il se perd à plus d'un titre (cognitivement, éthiquement, culturellement ...) même s'il entend garder la main sur sa propre perte. Le runner-Dieu était né. Démiurge ou Belzébuth ...


Il entend déconstruire par son déclin au service de son égo lui-même téléguidé par le consumérisme (qui réifie tout) ce qui l'attira jadis.


Gentrification de la planète course à pied par les runners 2.0 au service de leur "Moi".

La communauté running 3.0 n'est qu'un agglomérat de "Moi" atomisés. La cohérence est un leurre marketing pour bercer le tout très très près du Mur. Du mur facebook et du 12eme kilomètre.


Le Runfie, c'est le runner qui s'extraie du monde ouvert pour se terrer dans son "Moi" prétendument animé par le sentiment d'appartenance "cool" à une communauté. En réalité, le runner à runfie atomisé se loge dans une sorte de structure mentale et marketing facile à "travailler" pour les marques et autres influenceurs. Un formatage de la pensée de celui qui se croit émancipé par le Run(fie). Il n'y a qu'à constater l’homogénéité du schéma. Quand le "moi" au service de l'égo se persuade qu'il s'émancipe par l'originalité, en général ...



Le Runfie incarne à lui seul le dévoiement et le déclin du running. Il est urgent pour les esprits encore lucides de revenir à la course à pied. Une course à pied empreinte certes de technologie, mais assurément préservée dans sa simplicité psychique, sociale et cognitive. Plus le running rend con, moins la course à pied aliène.




Le Joggeur Qui Râle


Bloggeur spécialiste du running dit 2.0. Le Joggeur Qui Râle croque le runner numérisé de sa mâchoire impitoyable. Ennemi de la susceptibilité et des fragiles.

Pratique accessoirement la course à pied [du 800m piste au marathon], le vélo et la natation.

 

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