Étude: Le running ne rendrait (en fait) pas plus intelligent | LJQR

On ne compte plus les études nous vantant les vertus cérébrales - outre physiologiques - de la pratique du running. A priori, les conclusions de ces études (toutes positives, sinon elles ne filtreraient pas) sont séduisantes et même empreintes de bon sens élémentaire. Oui mais voilà, ces "études" fort peu rigoureuses éludent et par tant mélangent certaines choses. Le running et la course à pied, ce n'est pas exactement la même chose. C'est la nouvelle dichotomie en vogue et désormais actée empiriquement. Le runner et le coureur à pied sont-ils vraiment logés à la même enseigne au chapitre des bienfaits de la pratique? Cérébralement? Spirituellement? Physiologiquement? Socialement? Etc ...



Osons la contre-expertise!


Pour saisir, cerner et même appréhender la distinction runner/coureur à pied, nous vous recommandons chaudement de lire nos chroniques précédentes. La distinction, en forme d'opposition, dépasse assurément la seule sémantique. Pour faire très court (et même trop court), le runner court sans autre but que se faire plaisir (c'est déja beaucoup, et même l'essentiel si on s'arrêtait là) sans réelle exigence et rigueur (il saura malgré tout s'astreindre à quelques contraintes en vue d'un marathon, trail ). Cette quête de plaisir sera vite faussement comblée par une dérive numérique, le runner 2.0 est né. La reconnaissance par le truchement d'une abstraction numérique initialement composée de ses proches puis par des cercles centrifuges de plus en plus abstraits via les réseaux sociaux. L'égo, la gesticulation et l'anecdotique se confondent avec ceux d'autres semblables.


Le coureur à pied est exigeant avec lui-même. Il a des objectifs qu'il tente d'atteindre par la force de l’entrainement, de la rigueur, de la sueur et aussi de quelques souffrances ... Le plaisir et la récompense sont ici différés au jour de l'objectif.


La satisfaction de tenir son programme, de tenir la rigueur, de progresser méticuleusement, une horlogerie fine et une mécanique à écouter pour ne pas serrer! Une harmonie silencieuse (qui n'empêche pas de jouer du réseau social par ailleurs, mais en second rideau).


Ceci étant dit ...


La course à pied rend intelligent en ce qu'elle postule rigueur, patience, abnégation, souplesse et remise en cause parfois. Écoute de soi, de son corps, des conseils prodigués par les anciens et les professionnels du sport et de la santé. Humilité face à l’adversité (le sort mais aussi, et surtout la supériorité de la concurrence), et à l'incertitude de la forme au jour J ... Ce cocktail laisse très peu de place au narcissisme et au caractère hautain, vous en conviendrez aisément.


Ce bilan n'est-il pas valable, et transposable au running? Après tout, c'est "un peu" la même chose, non?


Non!


Pourquoi?



On vous dit tout (ou presque).


Parce-que le runner finit toujours (ou presque, ça fait beaucoup de "presque", la rigueur du propos pourra être remise en cause ...) par devenir un runner 2.0, et maintenant 3.0 (le 2.0 se raconte sur les réseaux sociaux quand le 3.0 exige quant à lui la reconnaissance sur ces mêmes réseaux sociaux, ce qu'il obtient peu ou proue de la part de ses semblables - nous désignons ce système sous le concept de "reconnaissance croisée systématique"),

nous lui dénions les bénéfices évoqués par ces études selon nous profanes!




Le runner 2.0 se disperse beaucoup trop ...


Éludons le chaos physiologique et biomécanique. Allergique à ce qui est "prise de tête" le runner pour le plaisir ne corrige rien et finit blessé, souffreteux chronique et fort peu efficient en terme de foulée, de posture, d'allure et même de méthode (un bien grand mot pour de nombreux petits maux) d'entraînement.


S'agissant du cœur de l'étude, à savoir le running rend plus intelligent ...


Il est vrai que pendant un footing, des pensées nous traversent, des nœuds se démêlent aussi parfois, le bien être s'invite sur certaines allures, après certaines distances parcourues ... Ça, c'était avant. Avant le diktat du 2.0 et de l'égo pour tous! La quête de reconnaissance à travers l'Autrui numérique et abstrait a poussé dans les escaliers pour l'enfer le plaisir pour soi et de l'instant.


C'est dommage, n'est-ce-pas?


Forcer l'allure pour se pavaner sur STRAVA, songer aux captures d'écran garmin pour agrémenter des hashtags standardisés dans la communauté running 2.0, le sacro-saint selfie, les slogans creux et le partage de tout ce charabia sur les réseaux sociaux désormais mués en véritables trous noirs cognitifs. Ni prude ni bégueule, nous ne ferons qu’effleurer les atteintes à la pudeur et à la dignité commises par cette plèbe gesticulante comme des vers sur le gros hameçon à gloriole de quart de seconde numérique et interchangeable.


Vous sentez qu'on s'éloigne ici de l'intelligence promise? Toujours pas ...


Sans doute est-il trop tard alors.


Les selfie-pieds quand tu es fier de tes nouvelles chaussures produites en série en chine par des enfants ... Les demandes de diagnostics on line aussitôt sorti du spécialiste dans l'espoir de troquer tes deux semaines d'arrêt contre un "j'ai eu la même chose j'ai pas arrêté de courir et "chui pa morts" ... Ceux qui sont motivés l'été et curieusement en déprime l'hiver en demandant pourquoi? Ceux qui courent le marathon en 5h47'53'' et qui viennent te soutenir que la vaporfly next% c'est le Progrès et que "tu serais pas capable de courir aussi vite que lui avec" ... blablabla.


En conclusion, le runner (2.0) est un être docile consommateur. Il s'indigne sur commande, et s'enthousiasme pareillement. Il incarne le département course à pied de la standardisation humaine. Soit, le contraire de l'intelligence. Selon la novlangue cependant, il a tout bon.


Ces études sont là pour le conforter dans sa qualité de corvéable moderne ... Quand la médaille de #Finisher ne suffit plus.



Le Joggeur Qui Râle

 

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