Expression # Ça veut dire quoi " t'es une machine!"

Mis à jour : janv. 29

Célestin vient de boucler une sortie longue (SL) de 15 km en 2h12 et vient de poster le fameux combo selfie/capture garmin/Hashtags/Pathos sur les réseaux sociaux. Pouces bleus et admiration. telle est la reconnaissance 2.0 autorisée par les réseaux sociaux du running. Après s'être longuement intéressé aux publications, jetons un œil sur les réactions (commentaires). Parmi celles-ci, le classique et bienveillant " t'es une machine!".

C'est parti!




Ne serait-elle pas un peu galvaudée cette expression que la communauté running 3.0 dégaine au moindre exploit anecdotique sur les réseaux sociaux? Le mauvais usage de l'encouragement n'est-il pas facteur de déclin (physiologique et cognitif) et de blessure?

C'est quoi cette bienveillance standardisée et molle? S'agit-il d'une forme de pitié déguisée et enrobée d'empathie?


Toujours est-il que la "MACHINE" est rarement un engin de guerre ... Oh bien sûr on ne déniera pas la passion pour la course et l'implication sincère (qualité) et certaine (quantité) pour le running. Célestin, ou Géraldine aime courir et ne se prive pas d'user de la semelle, qu'importe les conditions ... parfois en dépit du bon sens (canicule, déluge, blessure, maladie) mais qui n'a su déjà résisté à l'appel de la petite sortie qui rassure et fait du bien! Soit.


Souvent, en prêtant à Célestin la qualité de MACHINE, le runner 3.0 amorphe et automatique qui commente la session de célestin entend se complimenter himself! D'ailleurs, il ne commente pas, ou alors pas sur cette tonalité (reproche > "pourquoi postes-tu cela sur ce groupe?!"), les publications étalant des sorties qu'il ne serait pas capable lui-même de réaliser (même en fantasmant un brin ses capacités). Le runner 3.0 qui distribue de la reconnaissance et de l'admiration sur les réseaux sociaux du running le fait avant-tout à sa propre gloriole. Il fait ce faisant montre d'esprit de camaraderie, de louable humilité (apparence) tout en espérant bien un prompt retour sur investissement (secret). Le pouce bleu étant trop main stream et standard, le bon mot est l'occasion de sortir du lot ... "Tu es une MACHINE!" a un fort pouvoir de séduction sur le donataire.


Le contexte idéal de la situation:

  • Une SL si possible > 20km pour mieux noyer l'allure moyenne (et donc la véritable "prouesse"),

  • Une séance de fractionnés court pour afficher une allure boostée et plein de lignes de données GPS qui font techniques.


Efficace mais empiriquement vain en matière de références chronométriques. Le #NoPainNoGain au service du " Je ne cours que pour le plaisir" à l'heure des comptes.


Soit, la traduction à coup de pathos, de l'impérieux besoin de reconnaissance virtuelle et de validation par soi-même à travers la médiation des autres.

Glisser un " Ce mec, c'est une machine" face au 12*400m (r 200m - 58''/400m) n'a aucun sens pour le runner 3.0, cela ne l'intéresse pas. Le runner ne s’intéresse pas ou trop peu à la course à pied. Aux choses qui impliquent de la rigueur en fait ...


Martine Leleu confisque assurément 90% de la "machinerie" sur les nouveaux réseaux sociaux du "moi je" (ici à des fins commerciales) grâce à sa communauté pléthorique et suiveuse. Comme aliéné, et dévote. Le règne ici de la quantité, de l'exploit tape-à-l’œil, outrancier et de plus en plus puéril. Il faut se renouveler et l'inspiration est une matière subtile même dans les bas-fonds. Une sortie de 60 km filmé en Gopro et par ses potes en VTT en 10h15 autour de la poubelle d'un square parisien fera entièrement l'affaire pour bricoler du contenu monétisable et glaner au passage des kilo-octets de " t'es trop une machine" ... cœur avec les pieds.


Il s'agit d'une autre déclinaison du creux bienveillant et admiratif quoique liée à Célestin par l'identification autorisée.


Tu l'auras compris, le jour où tu oseras poster une séance/course dont tu es fier (on a le droit dans une certaine mesure) et que Mathurin te notifiera un "T es une machine MEC!", inquiète toi. Tu es visiblement dans la masse grouillante du déclin en short.


Initialement, la Machine, c'est ce qui se distingue de l'homme. Donc de toi en temps que spectateur de la performance de l'autre. La machine sait faire des choses que moi, homme, n'est pas capable (pour l'instant qui sait) de faire.


Jimmy Gressier, à l'échelle nationale, est une Machine. Alexis Miellet. Geoffrey Kamworor, la fratrie Ingebrigtsen .... sont des machines. On a le droit (et presque le devoir quand on prétend aimer la course à pied et respecter la rigueur) de les admirer gratuitement, désintéressé sans avoir honte de soi-même. Tout le monde a son petit talent, son petit truc à lui, il faut se calmer.


Sur les réseaux sociaux du running d'aujourd'hui, tels qu'ils fonctionnent et sont normés, vous ne trouverez pas de machines! Non. Au contraire, ce sont les humains qui ont la main, les humains et leur égo, leurs faiblesses, leurs besoins immatures et primaires de validation. Des besoins assouvis parfois par la malice de la bienveillance dévoyée par le bon mot. "T'es une machine" est une façon pour l'humain de demander à l'autre de la reconnaissance automatique, c'est la pièce que le runner 3.0 fragile insère dans la "machine" pour pouvoir jouer et jouir de lui-même ...


Ce cirque ne fait pas avancer le runner, ni le genre humain.


Le Joggeur Qui Râle



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