La vulgarisation du TRAIL rime-t-elle avec sa mort?

Mis à jour : févr. 12

La démocratisation du sport en général, du RUNNING plus précisément et du TRAIL en particulier ... Une bonne nouvelle pour les amoureux des grands espaces a priori.


Mais ...


Conséquence des élans individuels louables et légitimes, la vulgarisation guette et la consommation de masse vient souiller les espaces jadis vierges à déflorer. Une consommation de tout, gloutonne. Matériel (souvent inutile et superflus), tourisme et émotions (émerveillement et pathos), le TRAILEUR revendique son attachement à la nature en la foulant en troupeau vorace ...


Dissonance cognitive.




L'enfer est pavé de bonnes intentions.


"Moi je" n'a pas conscience qu'il ne fait pas dans la singularité. Ainsi "Moi je " se mue en un approximatif "Nous, on" en un battement de cil. De Trailer solo en single track en tête-à-tête avec les sentiers galbés de Dame Nature, tu te retrouves anonyme au cœur de la partouze géante du TRAIL vulgarisé. Trail de masse rime avec consommation de masse et tourisme de masse. Ces deux derniers maux que tu critiquais avec tes mots à toi (certainement pas les nôtres) avant d'être doublé dans ton single track par tes semblables du running 2.0


Alors non, ce n'est pas ta faute si ça se bouscule au portillon de ce sentier. Mais tu es l'élément d'un Tout. Et ces semblables souillant le sol, apeurant la faune, écrasant la flore, ils ne sont que ton reflet, fidèle, pixelisable à l'identique sur les réseaux sociaux du trail running.


Tu alimentes en y participant à l’égrégore du néant, du gâchis, du "Moi je" en quête de Vrai. Un citadin en mode touriste allemand, un gentrificateur "pousse toi de là que je m'y mette".


Tu t'inventes une culture, des codes, des valeurs. Tu ne te résumes en fait qu'en un consommateur névrosé en recherche de singularité mimétique. Se prendre pour un berger de la pâture avec ses bâtons de trail à 7'25" de moyenne. Un bédouin des cimes avec son camelbak hors de prix mais tellement fédérateur entre semblables. Un équilibriste des descentes périlleuses en salomon personnalisées ... La nuit, tu clignotes et terrorises le salut des animaux apaisés avant ton passage ostensible.


Toi, élément d'un Tout, tu es une plaie, aussi salée que la note de ton budget Trail.




A la queue-le leu Martine, Célestin et Igor, ces traileurs sympathiques all inclusive (tattoo et barbe pour messieurs). Du parking à la première bosse, ça se bouscule au portillon. La seule différence entre la CAF et ce TRAIL, nul besoin de ticket pour poireauter pour le second. C'est déjà ça, et ça suffit pour le dépaysement. Jetlag cognitif.


Uniformisation des comportements, des émotions et des récits sur les réseaux sociaux. La matrice formate les moutons en transhumance ...


Les lobotomisés amoureux de la nature industrialisent la montagne et son profil. Les organisateurs font ruisseler le cash flow depuis la source de la bêtise humaine orchestrée par sa masse.


Après tout, chacun fait ce qui lui plait, chacun est libre.

A mieux regarder l'excellent cliché d'illustration (Auteur, où es-tu?), on peut se demander plus que jamais si la Liberté, celle que les moutons revendiquent pour leur petit confort, leur petit moment de hauteur (...), n'est pas in fine le plus merveilleux outils d'aliénation.


Cette fameuse "Liberté qui asservit" (Larcordaire).




Bon Single Track



Le Joggeur Qui Râle

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