Le RUNNER (2.0) est-il atteint de mégalomanie?

Mis à jour : févr. 4

Selon l'acception psychologique du mot, la mégalomanie correspond, selon l'excellent CNTRL à un délire de grandeur, surestimation de soi qui se rencontre chez les sujets dont le jugement est affaibli.


Selfie, mise en scène de soi par drone, chaine Youtube et code promo ... le Runner connecté semble bien atteint, comme gratiné. Fatalité? Pathologie du nouveau Monde? Extases du Progrès? On ne saurait tout à fait poser un diagnostic d'emblée, en ligne lui aussi, forcément!


Tâchons malgré tout de Penser et de Comprendre cette mégalomanie 2.0 du Runner ...




L'homme est un animal social qui cherche la reconnaissance et la validation. Plus ou moins. Et selon sa propre méthode. Le Running, faisant suite à la course à pied (laquelle se définit selon nous par opposition au running comme la pratique pure du mouvent, déliée des codes, usages et excès socio-numérique parasites) constitue désormais un vecteur massif vers cette quête.


On pense aussitôt au running dit 2.0 et à ses relais "gigaphoniques" : les réseaux sociaux. Facebook, instagram et strava, essentiellement.


Ces outils ont naturellement leurs utilités, c'est évident. Mais comme avec tout, l'excès guide vers l'aliénation. L'aliénation menant inévitablement vers l'abrutissement, le déclin cognitif. A terme, le déclin est également sportif puisque la densité est de plus de en plus molle sur les événements. Le nombrilisme et la jubilation egocentrée n'ayant jamais poussé l'Homme vers l'excellence et le dépassement, cela va sans dire.


L'homme en général et le runner (2.0) en particulier est-il mégalomane par nature et par essence, ou a-t-il eu le malheur de croiser le Progrès numérique sur sa route (ou son sentier pour le trailer, catégorie de runner très concernée par notre titre, bref ... ) ? La Liberté aliéne-t-elle fatalement? Le Progrès (technologique) n'est-il qu'une chaîne invisible? Le Runner pactise-t-il avec le diable en se déclinant sur les réseaux sociaux sous les yeux de ses semblables? La course à pied, était-ce mieux avant?


Soit en synthèse, le Runer 2.0 est-il une merde en proie aux doutes existentielles? Un beauf qui s'ennuie dans sa vie standardisée?


Éléments de réponse ...


Entre la mythomanie et la mégalomanie, il n'y a que l'épaisseur de la réussite. - Philippe Bouvard

Le Runner 2.0 mégalo est convaincu de sa réussite sportive. Finisher étant une fin en soit. Abandonner aussi d'ailleurs, pourvu que le runner narre et étale, par un pathos pleurnichard, un récit de course faisant état, qui d'une volonté enraillée par la blessure, qui d'une décision mûrement réfléchie dans l'instant (!) de cesser cette tentative vaine de record ... Le runner mégalo manipule à son seul profit de circonstance la philosophe à hashtag #NoPainNoGain ...


Runner plaisir le lundi, runner combat le samedi, le runner 2.0 est une girouette en quête de vent. Le vent de la validation molle par sa communauté à laquelle il a su adhérer comme une moule sur son rocher. Une constellation de semblables, une forêts de (co)pins qui s'auto-valident à coup de likes, de kudos et de cœurs! C'est beau ...


L'Autre - pléthorique, disponible et qui dit toujours OUI - n'est qu'un faire-valoir pour la mégalomanie du runner. Un auditoire pour l'égo. Pas de place pour le non et le peut-être, c'est la validation permanente. Mais à force, on ne s’ennuierait pas un peu?


Le runner mégalo se tire la bourre avec son clone pour se démarquer. Pas sur le terrain de la performance, non ... Au mieux, il allonge les kilomètres pour épater (on reste sur le sport), plus communément il gesticule par le pathos et le selfie, au pire il déguise sa quête gloutonne dans des publications fusionnant les concepts de grossier & de grotesque (ex. "J'ai fait une sortie cool de 35km en 2h20 et je me demande combien je peux envisager au marathon de .... Des avis?").


Obnubilé par son image et l’impérieux besoin de validation, le runner mégalo passe d'une dissonance cognitive à l'autre sans que personne n'y voit rien à redire. Il faut dire que le runner mégalo parle à d'autres runners mégalos. Un univers parallèle avec ses codes, ses valeurs, ses LOIS. Le corps étranger est expulsé par les anticorps (et sains d'esprit).


Les outils du runner mégalo pour capter de l'attention et de la validation facile?

Le selfie, la capture garmin, l'émoji et le #Hashtags. Le tout surmonté d'un petit pathos présentant le dernier gros caca sportif, je veux dire, la dernière sortie ou dernière course exécutée. Tout le monde trouve cela magnifique, trop fort. Le runner mégalomane est une MACHINE, une source de motivation inoxydable ...


Persuadé d'être en fer, le runner mégalo expose comme un trophée ses "exploits" insignifiants, nous abreuve de ses paysages mal cadrées, fait des selfie-pieds de ses chaussures, en immersion totale avec moi-même par le truchement, la médiation et la validation d'un Autre qui filtre la vie pour y mettre du relief quand c'est trop plat.


Quelle tristesse. On retrouve le même procédé avec l' #Instafood ou quand ton plat insipide prend du piment une fois "coeurisé" par des inconnus n'ayant accès ni au gout ni à l'odeur ...


Le runner mégalo aspire en secret à être dictateur d'une société géante dans laquelle ne vivrait que des Lui dédiés au Soi ...


Le runner mégalo est un immature qui s'invente sans conviction une autre vie, ornée du carats de kilo-followers amorphes.



Et pourtant ...


Il lui suffirait de se cultiver un peu et de se coller des caisses à l'entraînement, d'analyser les allures, pas seulement des champions mais des bons coureurs du coin, pour réaliser qu'il n'est pas grand chose, et qu'a contrario, il existe des milliers de coureurs à pied costaud, hallucinants même, qui carburent tout en modestie et discrétion, sans en donner l'air ... De quoi se remettre salutairement en cause et d'admirer l'admirable, de tirer son chapeau. Et au final se dire, que tu n'es qu'une machine sans huile, vétuste et caduque. Pas de quoi te mettre au rebut non plus, juste reconsidérer le running en course à pied et de repenser ta place dans tout ça, en te déliant du baratin pseudo carpe diem du "chacun fait ce qui lui plait".


Ce paradigme ne rend service personne. Ni à toi, ni à tes semblables. Cette spirale du médiocre, du néant, du déclin ne fait pas avancer ni courir plus vite. Et si tu cours juste pour TON plaisir, aie au moins la pudeur de la garder un peu pour toi, petit d'exhibitionnisme du Rien!


Tout cela au final pour pas grand chose, car pour conclure, évoquons succinctement ce qui fâche le plus dans tout ce gourbi: la performance et tes chronos.


Tu es mauvais bien souvent ou tout juste très lambda au mieux. Rarement sous 40' sur 10 bornes, jamais SUB3h sur la distance malgré ton entraînement quasi para-militaire de MACHINE ... tu gruges ton monde en noyant le poisson par la quantité (ce truc qui dilue la référence qualitative). Tu te disperses pour semer celui qui commencerait à se demander ... Ton ego aux manettes rivalisent de malice pour ne pas tarir la source. La MACHINE multiplie les occasions (dont les courses) de dégueuler du pathos sur les réseaux sociaux pour ne pas avoir à taper une perf' décente sur un événement ciblé comme objectif! C'est tellement plus facile de vomir un bon vieux selfie-pathos-hashtag que de se rentrer dans la gueule quelques fois dans l'année. Et en plus, c'est tellement plus bankable (le public n'est pas exigeant et se contente de "copie" conforme à la sienne, c'est-à-dire nul et sans mention, ou alors médiocre, le 'peux mieux faire" étant sous-entendu comme une promesse vaine que le runner mégalo se fait à lui-même pour alimenter sa pathologie > si je voulais, je serais ...).


Beaucoup de bruit, peu de résultat. Mais bientôt, tu seras peut-être ambassadeur d'une marque de compote ? ... C'est le nouveau marketing.



Bon courage



Le Joggeur Qui Râle

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