Bénéfique ou malsain # Courir malgré la blessure ...

Mis à jour : janv. 29

La concurrence des égos sur les réseaux sociaux, voilà un sacré bordel quand on y prête plus d'attention que cela ne le mérite. Psycho-sociologue des réseaux sociaux autodidacte, le joggeur qui râle se régale jusqu'à la nausée. Pas de limitation de vitesse dans le débit de non-sens pathologique sur la toile ... contrairement au pétrole conventionnel, plus on l'exploite, plus les réserves sont pléthores! Cool ...



Ou pas. Le runner claudiquant est un spécimen abondant toute l'année, constance. Navrant dans sa prose et dans son rapport au corps, au sport, le runner blessé ne s'appartient plus. Il a offert son corps, non pas à la science, mais au numérique. Et il  faut bien concéder que ce dernier ne lui fait pas de cadeau! Tant pis.


Ce qui va de soi allant mieux en le disant, nous parlons ici du runner 2.0, hyper-connecté nous narrant chaque portion de sa vie - pas seulement de coureur à pied - ce sujet qui a su transformer ce formidable outils de communication qu'est Internet en dépotoir, en abysse de son néant cognitif assumé et caressé dans le sens du poil par l'Empire du mou. Plus cet homme a de moyens technologiques, plus il s’aliène à ses émotions de basse intensité. L'individu hors-sol qui va de médiations factices ....



Propos liminaires

Notre idiot galopin en proie aux doutes existentielles constants, confronté au dilemme de la blessure qui point n'a pas toujours la sagesse (ôh bien grand mot pour ce nouvel homme décati) de la prudence. Sous perfusion de reconnaissance creuse, factice et numérique, ce serait un suicide narcissique! Alors malgré tout, il court et le fait savoir. La peau du héros de l’asphalte l’enivre ... le shoot opiacé est en mire quand le selfie cadre un corps blessé pour de bon ...

Je cours donc je suis ... 2.0

La course à pied, c'est bien. La course à pied c'est sain. Mais voilà, l'homme abuse fatalement des bonnes choses! La course à pied a-t-elle sa cirrhose du foie? La réponse: oui!

Le runner 2.0 agaçant aime courir et goûte comme nous aux plaisirs complexes et subtiles de ce sport. Nous avons cela en commun avec lui, c'est bien pour cela qu'il nous intéresse malgré tout! On l'aime bien quand même. Mais il a en sus cet impérieux besoin d'être. L'Internet et les réseaux sociaux, fournisseur officiel de "public", une chambre d'écho inespérée pour ce farfadet de la forêt numérique.

Un run égale un selfie et un compte rendu creux de tes sensations. Un trail le dimanche, l'aubaine d'un récit à la Mike Horn avec selfies à gogo ici encore. Doit-on mettre sur le dos de l'excitation l'amas de fautes d'orthographe? Le runner 2.0 écrit souvent très mal!

Le retour de réalité est inexorable.

Le runner 2.0 raconte tout de son expérience de sportif. Aussi, les bobos et la blessure font partie de ses états d'âmes quasi-constants (quand il respire la santé et le bonheur, c'est encore pire, il met des cœurs et des # partout) ... et ces derniers temps, il traine la patte, claudique.

La douleur est éphémère, la fierté éternelle, blablablabla ...

 La course à pied est le trait d'union entre l'égo et la satisfaction de celui-ci chez le runner 2.0. Aussi, hors de question de se mettre en pause pour une simple petite douleur. Le runner 2.0, conforté par ses semblables, se prendra dès lors pour un héros, un dur à cuire, feignant de ne pas saisir qu'il n'en est rien. Inversant tout, il ne peut comprendre que savoir s'écouter et se soigner postulent de la qualité (lucidité, rigueur et prise de décision), loin, très loin de la facilité consistant à obéir servilement à son ego numérisé! En effet, pas de sortie rime avec pas de selfie, donc moins de notifications sur les réseaux sociaux! Le runner 2.0 se sent investi du devoir, factice et biaisé encore, d'alimenter son public en contenu quand il ne fait en réalité qu'assouvir la férocité de son égo. Étonnant.

A la saison des courses, entretenir assiduité à l'entrainement (selfie!) et doute sur la santé a des effets synergiques. Selfie et compte rendu de session avec les "copains", collecte forcée de compassion, bashing des pseudo-moralistes, récits de courses inaudibles et étalage de "on lâche rien". L'émulation en vase clos.

 Le runner qui brille de ses résultats est un austère méprisable. Le runner 2.0 incarne quant à lui l'esprit running, le fun et la joie. Malgré tout, à l'heure des résultats (cohérent, il affiche ses résultats!), la mention de la gêne, de la douleur et de la blessure n'est pas éludée! Coup double: légitimation de sa lenteur, collecte de compassion et sous-tirage de félicitations. L'égo est une entité fourbe et habile!

Le runner 2.0 hyper-connecté est-il bigorexique? Parfois. Plus souvent, il est tout simplement egotripé. Il ne court pas car drogué à l'endorphine. Il court pour son ego et la reconnaissance numérique! Les inconvénients sans les avantages tant il finit par se lamenter de plus en plus entre deux séries de Hashtag les jours d'enthousiasme!

Autre précision. Quand il a mal quelque part, le runner 2.0 y va de sa recherche "google" approximative dont il étalera les termes les plus bling bling sur sa page intitulée (son prénom ou diminutif + run/running) me my self and I.

 N'écoutant que son ego, convaincu (aidé en cela par une cognition défaillante) de son courage, notre ami s'est blessé en vrai! Tout la runningosphère est au courant de cette breaking news! Le runner 2.0 se mue alors en journaliste relatant le drame de lui-même!

 Évolution du mal en temps réel. Rendez-vous chez les spécialistes. Prise de tramadol et ses effets. Déprime et remerciements chaleureux à ses followers qui le soutiennent! Le mec a un peu le melon quand on y songe. Le runner 2.0 sur la touche n’hésite pas à faire contribuer ses sauces à son sort via la nouvelle fonctionnalité - Recommandations - de son réseaux social préféré! Sournoisement, son ego est passé du running à la posture de victime! Désormais, elle collecte de la compassion!

S'il a la "chance" de passer sur le billard, le petit selfie post-opératoire agrémenté d'un 

 " Rassurez vous, je suis sain et sauf"


Pour toi "public" ...

Et le public dans tout cela. Les followers anonymes et amis de notre estropié! Ils réagissent forcément. Des distributeurs automatiques de likes! Le groupe social du runner 2.0 aurait intéressé Marcel Mauss à n'en point douter. Là s'arrête la référence au potlach s'il vous plait. La réciprocité est ici intéressée, systématique et automatique. Le semblable se nourrit également de reconnaissance numérique, quantitatif easing! La fausse monnaie et la pseudo-reconnaissance .. analogie à développer sans nul doute.

Prompt à encourager (le runner 2.0 devra donc le lui rendre) notre ami lors de ses séances et à aimer les selfies colorés en toute circonstance, le public sort parfois de son anonymat pour commenter avec des mots la vie du runner 2.0. tantôt admiratif des performances et de l'assiduité de notre gus, il s'est aussi se montrer compassionnel et empathique. C'est beau! Comme quoi, le Net peut être le siège de vrais émotions et d'Humanité (entre deux signatures vaines sur change.org - la dernière en date: protester contre le fait que les anses de mug soient préférentiellement conçues pour les droitiers) ...


Ce post annonçant ta blessure sur fond rose avec des cœurs a fait l'effet d'une bombe dans "ta communauté" et tu croules sous les notifications. Likes et ses déclinaisons, et des commentaires. Plein. De la lecture! En revue - on passe du mec a qui c'est déjà arrivé nous exposant son expérience dans un français approximatif à la taquinerie du clown de service en surpoids, une avalanche de compassion molle. Très molle. Curieusement, c'est à ce catéchisme laïc que "traine la patte" répondra avec assiduité. Les échanges qui s'en suivent sont dignes d'un bon épisode d'une production AB. Le petit conseil avisé et même pas moraliste est tout simplement ignoré! L'égo a le contrôle, il encense ce qui le nourrit et écarte ce qui pourrait le calmer ...

Le semblable qui y va de son expérience identique est perçu comme un alter ego! Un miroir. Il est agréable de pouvoir parler de soi quand on parle d'un autre! Je est un autre, mais cet autre m'est semblable. Forcément. L'entre-soi est douillet pour l'ego dictateur. 1984.


Le runner 2.0 se délecte donc autrement. Mais vite, il réalise qu'il n'a rien d'exceptionnel dans son malheur. Il n'est pas le premier, ni le dernier à qui cela arrive. Il doit donc se démarquer de son public, forcément. Hélas pour lui, sans valeur ajoutée, il ne peut y parvenir. C'est vite la déprime. C'est dur. Cruel public qui n'est en fait qu'un tas de semblables. Tu réalises que tu n'épates personne. Que personne ne te lit vraiment. Que tu n'es que la propre rançon de ta gloire numérique. Que ta reconnaissance factice n'est qu'une bribe du like automatique que toi aussi tu "donnes".

Résumé synthétique du schème

Ego > moyen de le flatter > running > réseaux sociaux > reconnaissance factice > tolérance à celle-ci > besoin d'en faire plus > concurrence de ses semblables > en faire plus > excéder ses moyens > aveuglément > douleurs > n'écoute pas la douleur etc etc > blessure légère > s'en "vanter" > aveuglément > déni de réalité > augmenter la dose > douter > se leurrer > participer à une course/trail > justifier sa performance moyenne par la blessure > collecter de la reconnaissance 2.0 > en faire trop > courir > collecter de la reconnaissance numérique > se sentir porté > se blesser > prendre un selfie > faire part de son émotion > collecter de la compassion > feed back de tes semblables > être "dégouté" > Selfie aux urgences ou du plâtre/bandage ... > dire qu'on reviendra plus fort > déprimer > activer la seconde vague de compassion > compter les dodos avant la reprise > Manger des chocobons pour compenser > grossir ............. reprendre en surpoids > se blesser à nouveau > déprimer > mettre une croix sur le running ....... > trouver un nouveau prétexte pour flatter l'égo numérique.

Le runner 2.0 n'est au final qu'une matière première pour le marché positionné sur ce segment. Homme sandwich et cobaye, il sera rincé avant la mise au rebus. Ici, le marché ne fait pas dans le recyclage, les ressources étant pour l'heure inépuisables, en turn over supersonique.

Tentative de bilan psycho-sociologique

Le running et son artefact numérique ne sont que des émanations du nouvel ego de l'homme. Cet ego en germe dans l'homme est autorisé, potentialisé dans sa toute puissance par l'ère social du numérique (smartphone et captation de l'instant) et de l'Internet (son partage vers un public indéterminé et indéterminable - ce qu'on y concède ne nous appartient plus, ad vitam eternam). Faire de sa vie et de ses moments de la data exploitable pour les GAFA, matériau futur de l'aliénation et du totalitarisme par le déclin cognitif pour tous. Le runner 2.0 est en cela le complice idiot-utile de nos futures chaines, au nom de sa Liberté. Bien sur.


 Confronté au retour de la réalité en pleine face, le runner 2.0 fait un déni  en basculant sur un autre mode. Celui de l'égo collecteur de compassion molle et digeste. La notification agit comme les fibres dans le transit cognitif du runner connecté en repos forcé.

Question ouverte enfin, en guise de conclusion: que cherche à compenser le runner 2.0 hyper-actif sur les réseaux sociaux? Un traumatisme d'enfance ex-tête-à-claques prenant une revanche dans le monde parallèle 2.0? Un complexe physique ou comportemental facilement "filtrable" ici bas?

Le Joggeur Qui Râle

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