Réalité # 15 signes qui montrent que tu es un runner lent, très lent ...

Mis à jour : févr. 10

Courir: [En parlant de l'homme et de certains animaux] Se déplacer rapidement par un mouvement successif et accéléré des jambes ou des pattes prenant appui sur le sol.

Se déplacer "rapidement", donc. Relatif,  par opposition à marcher, ou dans l'absolu être rapide? Un peu de malhonnêteté intellectuelle améliorée de snobisme et nous pourrions dénier aux coureurs lents la qualité sacro-sainte donc graalesque de runner (mais nous lui laissons volontiers celle de runner 2.0!) ...  Quoiqu'il en soit, le dimanche matin, aux courses, il y en pour tous les (parfois mauvais) goûts: runners affûtés en quête de chronos et de "boite", frimeurs suréquipés qui sauteront au km 2, coureurs déguisés en meute bruyante, vétérans 4 à bandeau fluo, petite gazelle au booty torticolant .... une vraie fresque! Focus ici - en 15 points -  sur ces coureurs du dimanche qui permettent aux organisateurs de faire le "nombre" et accessoirement de conférer à ta 13eme place un semblant de valeur (13/351 impressionnera plus Chantal du service achat lundi matin à la machine à café que 13/22),  tout en se traînant lamentablement tout le long de ce parcours pourtant roulant ...

Enfin et surtout, puisque l'index n'a pas vocation à être mis sur le coureur du dimanche ordinaire qui ne dérange personne - et ce qui allant de soi allant mieux en le disant - nous pointons ici le délégué dominicale (il travaille donc le dimanche) de l'esprit running 2.0 Cie.




1- Aucune contrainte "nutritionnelle" la veille et le matin: "à quoi bon?!"

Notre ami n'est pas prise de tête - enfin croit-il - et donc surtout pas avec lui-même. La chair est faible et merci bien! Un temps soucieux de son équilibre dans une perspective santé et performance (zèle du débutant), il a vite lâché l'affaire du haut de son léger surpoids de sujet social lambda aliéné moderne. Basique. Le plus dégling' arguera de la lourdeur de son repas et de l'arrosage excessif de son terrain hépatique de la veille pour justifier sa lenteur dominicale (y a deux semaines c'était une blessure imaginaire) quand le plus hypocrite opposera la carte esprit running/courir pour le plaisir ...

Pourquoi ce cirque de la part du coureur lent qui ne met rien, ou alors trop peu, sur la balance pour avancer plus vite? Bonne question. On lui a demandé, il nous a censuré d'emblée, le point godrun facile.

La course à pied a ce coté convivial sympathique et salutaire pour les co-forçats du bitume, et la bonne bouffe est le liant du réconfort après l'effort. Mais de grâce, cesse donc d'arriver sur la ligne de départ défroqué le dossard plein de miettes! Tu n'inverses plus seulement les valeurs ... pathétique.

2- Tu ne t'échauffes que pour la forme en bavardant (limite ricanant)

A défaut de machine à café (radio moquette), l'échauffement est idéal pour baver sur la prise de poids de Sabine ...

Courir avec des amis (qu'ils soient collègues ou du cercle privé), c'est sympathique! Sortir du contexte professionnel ou partager autre chose que des bitures le week-end ... Chacun y trouvera une plus-value.

Les retrouvailles de l'avant-course, avec l'émulation et l'excitation, attisent les tempéraments. Aussi, l'échauffement se mue en debriefing du néant. Cela cause pour ne rien dire. Au mieux, on se motive mollement sans conviction, à température ambiante on précise le ragot de la veille, au pire ça jase salement sur ce collant trop moulant de cette runneuse visiblement sans tabou esthétique ...

Seul(e)s au monde ...


3- Bousculade au départ

... vous partez en vrac en continuant cet échange riche d'idées tandis que détonne la déflagration du départ. Blasé(e)s de la nuisance sonore, vous ne sursautez pas et enfoncez le clou. Vous êtes d'authentiques chicanes mobiles. Seul(e)s au monde.

Le coureur lent, plus généralement, se voile la face et espère toujours faire mieux que la dernière fois, malgré tout. Aussi, il se place dans la zone de départ pas à sa place. Il ne faut jamais se mettre derrière un tel banc, il est donc utile de le repérer (nous osons espérer contribuer à vous fournir une modeste grille de lecture) afin de garder un influx intact, une intégrité psychique, voire physique.

Même en survitesse en début de course, le coureur lent reste lent, relativement au coureur moins lent partant lui aussi en survitesse ... relativité et absolu.


4- Ta foulée manque cruellement d'amplitude

Tu te traînes d'emblée sur l'asphalte. Quel manque de tenue. Le surpoids n'explique pas tout. Le manque de technique prime ici. Tu fais peine à voir. Tes gesticulations devant les photographes ne duperont que les plus dociles! La dignité tu connais! Un peu comme le nageur brasseur qui fait du sport pour s'entretenir mais qui in fine se détruit les articulations et le dos par paresse paradoxale, tu agresses ton corps à chaque foulée, tu t'écrases à chaque réception. Chez toi, le sport est une torture auto-administrée. Chaque foulée, une gifle que tu t'infliges! Violent. Et pourtant, ça glousse de partout autour de toi ... incompréhensible société ricanante de son malheur!


5- Tu cours couvert car frileux(se) 

Le coureur lent n'a jamais trop chaud malgré son manteau naturel 100% triglycérides. Économe en effort et plus généralement en tout, son corps fait la grève de la chaleur corporelle ressentie, c'est donc amalgame de textiles! Ce qui n’empêchera notre coureur débonnaire de suer à grosses goutes. Paradoxe physiologique inextricable. 


6- Des fois, souvent même, tu marches ...

Tu as beau gesticuler tel un diablotin dans l'eau, selon le Larousse, tu ne "cours" plus ...

En marche athlétique, le marcheur se voit averti puis disqualifié s'il court. Vous voyez où nous voulons en venir. Pourquoi pas d'ailleurs. Les gardiens du running spirit verront dans cette proposition une émanation du crypto-fascisme décliné au sport ... nous en attentions pas moins de leur part (outre un signalement facebook et un rappel indirect à la Charte).

La course à pied est-elle un sport fourre-tout? Un vrai sport? Un loisir? Un prétexte à défi? Tout cela à la fois sans doute. Quid de la frontière entre marche et course. La marche peut être salutaire en cas de moins bien, de douleur .. assurément. Mais s'inscrire sur un marathon alors qu'on ne court qu'une fois par semaine, sans entrainement ni encore moins de préparation pour ensuite assumer avoir marché 1/4 du parcours et finit en 5h48 ... on peut s'interroger. "Moi je" t'impose des choses dont tu n'es capable mais que tu te dois malgré tout de feindre de réaliser ... Le nivellement vers le bas, tu te l'imposes à toi-même dans une gloire factice. #JesuisFinisher!


7- Tu ne craches jamais en course

Cracher c'est sale! Mais parfois, cela est indispensable quand dans le dur et le vrai tu es! Salutaire, le coureur lent ne crache pas! Nul besoin. Le coureur lent qui crache, marginal, est un palefrenier d'un autre siècle!


8- Tu tapes la discut', souris aux badauds, tape dans la main des gosses ... etc

Même si ta condition ne te permet pas de parader malgré ton allure limace, tu disposes malgré tout d'une petite aisance, laquelle t'autorise d'en faire trop (dans la première partie de course)! Bref tu jactes, interpelles les autres, souris aux badauds et prends la pose au  moindre capteur de pixels! Sémillant comme un speaker de l'ORTF! En fait, tu tires la couverture vers toi pour le volet extra-sportif de l'événement! Pourquoi pas! Tu amuses le troisième âge mais laisse indifférents même les plus humanistes des compétiteurs locaux! Si tu en faisais moins, on te trouverait sympathique! Dommage, l'excès en tout est un défaut.


9- Positive split et agonie

Pas très fair play de te coller sur le dos - déjà voûté par le manque de technique - un tel concept jargonneux de la course à pied. Pas grave, tu n'avais qu'à en faire moins histoire de passer in cognito plutôt qu'entre les fourches caudines de notre méchanceté gratuite! 

Bref, tu es parti(e) lentement et tu finiras lentement. Tarif dégressif! La faute aux gosses dans les mains desquels tu as tapé benoitement pour jouer les sympas que tu es vraiment au fond. Sur la fin, à force de grimaces et de postures, tu es dans le dure. Ta performance à toi relève plus de l’intermittence du spectacle que de l'allure cible respectée!


10-Débordé par les vieux, les surpoids et les unijambistes ...

La loi du sport est implacable. Même si ton esprit running béa t'a maintenu dans l'illusion que non, si! Te voilà repris(e), au train, par un panel de runners assez underground. Pire que la voiture balais pour le cycliste en perdition! Si!

Nous n'épiloguerons pas sur ce tableau assez funeste. Le coureur lent prend parfois, pas toujours (surtout s'il est occupé à faire autre chose que courir quand il court), un coup au moral à ce moment là du dimanche! Parfois même, il prend des résolutions (il cessera toute pratique, ou s'y mettra vraiment, provisoirement, faut pas déconner ..).


11-Le speaker et la foule t'encouragent (sauf si tu finis loin et que tout le monde est parti ou désintéressé de la course)


Avec le coureur déguisé et sa meute, tu partages ceci. Une sorte de capital sympathie, l'empathie pour toi. Courageux est le qualificatif qui revient en boucle dans la bouche des spectateurs t’encourageant dans cette dernière ligne droite. Les gens sont gentils! Attention cependant à ne pas finir trop loin, sinon il n'y aura plus personne pour te porter sur ces derniers hectomètres. Le rôti du dimanche a un pouvoir l’attraction contre lequel tu peux difficilement lutter, malgré, parfois, tes allures de dinde!

Si tu sais bien calibrer ton timing, tu auras droit aux acclamations du public et du speaker (attention aux larsens, ça fait mal aux oreilles) ... ta récompense à toi.


12-Ravito vide

Les absents ont toujours torts. Les retardataires ont souvent les miettes. Tu devras hélas te contenter des rebuts du ravito! Il avait pourtant fière allure (décidément ce mot est la source de tous tes maux!) avant ton sourire pour photographes à la mi-course! Trop tard à la soupe. de toutes façons tu ne le mérites pas!


13-Tu ne restes pas pour les podiums

Tu as fait ta B-A donc basta! L'organisation et les classés ont attendu les coureurs lents pour le protocole, parfois dans le froid et sous la pluie! Et pourtant les derniers sont les premiers ... à déguerpir du bled! Allez, va vite te gaver de mauvaises huiles, c'est ta récompense!


14-Tu es fier d'être Finisher

Pas de podium, ravitaillement déprécié ... mais #Finisher quand même! Toutes les courses ne font pas (encore?) dans la médaille signée anglicisme pouacreux! Mais qu'importe, tu es finisher de ce 10 km local! Certes, ce ne sont pas les 10 bornes de Paname et son strass clinquant mais quand même! La grande communauté n'a que faire de ses distorsions d'échelle! Tu vas toi aussi pouvoir parader lundi à la machine à mauvais café entre deux ragots, mais aussi surtout sur le 2.0 ....

15 - Last but not Least & Synthèse: tu entretiens la bulle esprit running 2.0 sur les réseaux sociaux et inspire le Joggeur qui râle puis le censure via les modérateurs Pascaliens



L'article d'un runner visiblement - mais selon les gardiens du temple - aigri ...

Fier(e) de tes exploits omnibus, tu ne peux bien évidemment pas les contenir, c'est bien légitime de prime abord. L'homme en général, et le runner en particulier, est un être social en quête de reconnaissance, désormais  et avant tout 2.0, c'est tellement plus pratique et l'auditoire sans limite théorique!

Selfies d'avant, pendant et d'après-course à gogo, voir tout azimut, puisque ton allure te permet les pauses egotripantes, tu ne te gênes donc pas. S'il y a médaille, elle finit en toute bonne logique entre deux canines puisque la course à pied fait désormais partie de ta chienne de vie! Hastag Finisher en ornement de ton post Facebook de debriefing entre autres # pléthoriques, tu souffres naturellement de hastagite aiguë!

Malheur à toi par ailleurs si on découvre une photographie de toi et ta clique affublé(e)s d'un coeur avec les mains!

Phénomène désormais observable et très inquiétant: les publications -réseaux sociaux - avec écriture inclusive - nous avons dans le cadre de cette chronique dû faire dans le (...) afin de ne pas trop sexualiser (les gauchistes idéologiques diraient "genrer") le texte, même si en bonne ordure que nous sommes, nous visions essentiellement mesdames, forcément - nous ne ferons aucun autre commentaire que celui-ci: la course à pied ne met pas à l'abri, surtout réalisée dans ces conditions, de l'aliénation mentale et cognitive.

Cette chronique finalement plutôt gentille et peu offensive, sera malgré tout signalée, comme outrage à la bien-pensance déclinée au running, ce petit marché en expansion aux règles morales progressivement bordées par toute la mièvrerie puante des sociétés occidentales en déclin en forme de chute libre pour l'heure encore étonnamment sans fond (et aux formes de plus en plus disgracieuses).

Le coureur lent traité ici n'est pas le coureur du dimanche lambda. Il est question du coureur d'apparat, suivant la meute. La course à pied a le vent en poupe et notre abruti du jour se dirige, ici en courant donc, dans le sens du vent comme une girouette consommatrice-compulsive.

 La performance ne s’achetant pas, notre docile publicité ambulante se mue in extremis comme apôtre du désintéressement sportif, la quête de vitesse reflétant trop la mentalité capitaliste à laquelle notre coureur participe paradoxalement. Tel est le nœud de cette névrose moderne à laquelle participe la folie de la course à pied... Une liberté rattrapée par l'aliénation consumériste, laquelle ne se décline plus seulement dans l'acte d'achat, mais aussi dans ostensible affirmation autoritaire du "moi je" ...

Parce-que facebook va nous censurer encore une fois pour cette chronique, merci de partager celle-ci afin de rompre avec le sportivement correct qui voit dans la course une chose si sérieuse que le second degré tend à y être banni. Nous dédicaçons cet article aux censeurs 2.0  ...


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