Pourquoi Facebook est-il le Doctissimo du Runner?

Mis à jour : mai 5

Killian est dans la tourmente! Ça tire fort dans sa jambe droite depuis cette petite sortie ,pourtant anodine, en 6'35 du kilomètre en forêt domaniale de son bled perdu, hier!

Pas le réflexe "docteur" le Killian, c'est un dur au mal ... tout finit toujours par passer implore-t-il! Mais quand même, il doute et commence à psychoter autour de sa patte folle ... Que faire pour soulager désormais tant sa conscience que son genoux? Eurêka ... Killian se dit que si la tête va, le genoux va, il opte donc pour le traitement préférentiel de sa conscience! Direction donc les réseaux sociaux pour glaner du réconfort en forme de cryothérapie cognitive ...




Qui n'a pas déjà lu, voir même posté un cliché de son pied endolori et difforme sur je ne sais quel page Facebook dédiée au running? Ça ne mange pas de pain et cela permet d'exister un peu numériquement autrement que par le biais d'un trop "déjà vu" selfie ou autre capture de garmin vraiment pas dingue!


Le runner 2.0 s'enthousiasme de ce petit changement et aime se décliner dans une posture victimaire. Le runner d'habitude si solide apparait alors humain. Touchant dans sa tourmente! Du like et de la compassion assurés! Malin ...

Pourquoi?

Et pourquoi pas répondent illico les zélés du running 2.0 ... Tout se décline, tout se montre et tout s'expose. Alors un selfie de ton genoux tordu ou de ton pied dégueulasse ... t'es pas en sucre! Le Graal du genre reste le cliché de la radiographie - ça fait "pro" - et le jackpot le selfie en direct live des urgences (s'il y a du sang, points comptent double).


Le runner 2.0 en quête permanente de reconnaissance numérique fait face à une rude concurrence des egos, aussi il doit se démarquer. Ma blessure est singulière et doit donc être exploitée objectivement! C'est aussi cela la psychose du running (à coté du dévoiement cognitive consumériste) ... Écologique, le runner recycle tout virtuellement.

Et comme cela marche pour Vincent, alors tout le monde s'y met ... la bonne idée est devenue une norme. La valeur ajoutée réside désormais dans le spectaculaire de l'étalage, quitte à en rajouter un brin dans le graphique ou le pathos annexe!


A quand le selfie du dernier souffle du runner en train de claquer? Un max de pouces bleus gravés dans l'éternité de l'instant déjà noyé dans le flux décousu du néant numérique ... drôle d'épitaphe.

Est-ce utile et opportun?

Non.

Enfin peut-être un peu, si. Pour soulager sa conscience, tout dépendra des réactions des "internautes" en face. Ici, la bienveillance molle de la runningogosphère en forme "d'enfer pavé de bonnes intentions" saura apaiser la conscience de  notre héros numérique en proie aux doutes. Pire encore, un mouvement assez classique de pondération du risque et de la gravité (basée sur rien d'autre que le ... rien) incitera notre runner 2.1 à reprendre sans consulter et sur une jambe et demie! #NoPainNoGain en refrain entêtant ... la conscience donc, au détriment du physique!

Certains commentateurs avisés iront du diagnostic à distance via photo mal cadrée jusqu'aux prescriptions péremptoires ... mention spéciale encore aux témoignages de ceux à qui est arrivée la même chose! (ponctués sans nuance par: "dans trois jours tu peux regaloper" ou, "j'ai dû être opéré, j'ai jonglé!"). Pile ou face ...


On blâme ici volontiers le runner 2.0 qui expose sa peine, ses doutes, son ego aussi, et surtout! Petit crochet (du droit) vers celles et ceux qui préconisent auprès du runner claudiquant en proie aux doutes et en plein flagrant délire d'apitoiement sur les réseaux sociaux!

Chaque cas est unique. Une photographie ne permet pas le diagnostic. Tu n'es pas médecin (si tu l'es, voir les deux premiers points mais surtout ta déontologie). Cesse donc de jouer les autodidactes de la physiologie et de tenter de te faire mousser par ton jargon approximatif fraichement copié-collé sur la Toile ... et enfin ne pas jouer  le jeu de ces ego-tripés ayant saisi dans leurs petits bobos un moyen de satisfaire leur Narcisse qu'il conviendrait au mieux de laisser faner.

La santé est un sujet bien trop sérieux pour être traitée, commentée, digressé, moquée, exposée, réfléchie et que sais-je encore entre deux selfies et  publications sur Killian Jornet ... sauf à acter et entériner le nivellement de tout vers le bas, la confusion des valeurs et l'abolition d'un semblant de hiérarchie entre le potache, le divertissement et le sérieux, du déni de considération entre ce qui a des conséquences et ce qui n'en a pas ...

Le terrain cognitif est miné et fort heureusement, quand il explose ta cheville ne risque qu'une entorse, ton genoux qu'une tendinite ou ton mollet qu'une périostite ... liste non exhaustive mais "rarement" l'amputation.

S'agissant de ton âme et ton intellect', c'est plus discutable ...

Appendice

Au-delà des considérations purement anatomiques et physiologiques, une autre espèce d'intervenants hautement qualifiés quoique bénévoles sévit sur la Toile du running ... le spécialiste ès-psychologie modérateur du famoso #NoPainNoGain ...


Décliné coach mental, redresseur de torts ou psychologue, il est bien souvent un flic censeur maladroit féru de name dropping clinique pour épater la galerie #Milgram 2.0 et impressionner par son statut  souvent galvaudé, ou du moins acquis via le nivellement par le bas institutionnalisé ... Il détient le vrai et rabat le caquet des arbustes mentaux qui oseraient l'ombrager, des fois que le soleil brillerait aussi sur le cul des chiens!


Tolérant avec qui lui est compatible, il aspire à être la voie/voix mélodieuse du bon, du beau, du sain et du runningment correct, bien évidemment.

Altruiste au service indirect de son égo, il pratique l'inversion accusatoire pour tenter de discréditer son contradicteur et capter un monopole scientifique sur les questions relatives au mental. Le sport, ici runner, est sensible à ce levier de progrès, parfois las de ne récolter que quelques secondes par heures de travail intensif. Un public lui est donc potentiellement dédié ... haro sur la concurrence, il faut déblayer le tartane de ses obstacles et être le seul dans la ligne droite du pathos pour tous! Être l'interlocuteur unique du runner tourmenté mentalement par la rigueur de son sport et par l’intransigeance de notre jugement eu égard à ces errements 2.0 !


Le runner serait bien inspiré de croiser ses sources et de consulter des ouvrages "autorisés" dans sa quête de ressources mentales à l'heure de l'effort ...

Le spécialiste revendiqué philanthrope censeur de misanthropes est un usurpateur qui joue des coudes quand il se fait doubler ... le conseil gratuit est très souvent livré avec l'humilité de son dispensateur. La science infuse perclue de certitudes du spécialiste du Net est plus souvent encore suspecte et bancale.


Car comme dit le proverbe ... "Quand c'est gratuit, le produit, c'est toi!"

Bonne consultation!


Le Joggeur Qui Râle

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