Réseaux sociaux # Pourquoi la nécessité de prendre à témoin les Autres pour se motiver?

Mis à jour : janv. 30

Les autres ici, c'est la foule abstraite numérique qui grouille sur les groupes facebook dédiés au running, sur instagram ... l'inter*action? Des pouces bleus, des likes et quelques mots, souvent stéréotypés, comme copiés puis recollés ci et là sous la kyrielle de publications identiques ou presque. Un paradigme désormais bien ancré, le RUNNING 2.0 ...


Pourquoi? Comment?

Suivez-nous ...




On a chacun nos raisons de courir, nos buts, nos objectifs dictés parfois par notre passé, nos cicatrices, nos revanches ... notre rapport au running est subjectif. Cependant, une tendance à la standardisation de l'expression de cet attrait, via les réseaux sociaux, se fait de plus en plus déprimante pour le spectateur de ce grand cirque numérique, nivelant empathie, bienveillance et partage ... Compliqué.


Ainsi, Célestin et Martine, tous deux en excèdent pondéral (pour parler novlangue), ont pris l'engagement public, via instagram, de perdre 30 kg en accompagnant ce régime par la pratique du running ... ils nous proposent leur journal intime. Pathos et images pour nous narrer leur cheminement vers leur objectif. Chapeau bas ... On ne peut qu'encourager ce couple "moderne" à foncer. Bon, hier la plèbe numérique militait contre la dictature du paraitre et de la minceur en revendiquant le droit à être GROS. Après tout, Célestin et Martine ne sont peut-être après tout pas victime du diktat de l'apparence option sveltesse et la démarche trouve sans doute son fondement ailleurs ... qui sait.


Soit,


Cet engagement, ils l'ont pris en nous prenant à témoin, nous autre spectateur amorphe du flux continuel, insipide, formaté et abrutissant des réseaux sociaux de la captation de l'attention. Pour preuve, je vous recrache les aventures "trépidantes" de ce couple dont je me moque éperdument, avatar numérique abstrait, un couple 1.0.0.0.1.1.0.1.0.1.0.0. .. numérique, un amoncellement de données, de signes avec un story telling tiède.


Il faut parfois s'exposer au regard de l'autre, à sa critique potentielle (laquelle ne saurait être exprimée d'ailleurs sans tomber dans le délit d'opinion et la reductio ad haterum) quand la rigueur personnelle ne saurait suffire à contraindre à l'effort continu et pérenne.


L'Autre, la foule numérique exposée au flux et dont l'attention a été captée, devient un support. Le faire pour soi à travers la "critique" de l'Autre (l'instafood autorise déjà à pimenter son plat insipide par la médiation du post instagram et des likes magiques ...).


Comme un besoin de validation, jusqu'à l'intime ...

Plus rien ne se vit désormais pour et par soi-même. La médiation de l'abstraction numérique est le sine qua non du devenir au point de départ immortalisé. Ce qui n'est partagé ne compte plus, et n'existe bientôt plus, selon le degré d'aliénation à cette quête mortifère.


Vivre l'instant et le poster pour ne pas le perdre, mais sans le vivre vraiment.

Ce couché de soleil est beau. Ce plat est appétissant. Cet instant avec mon tendre est délicat. Ce film est palpitant ... il nous faut désormais le poster, au plus vite, au coeur du ressenti, le stress grimpe et l'angoisse est à son comble avant la délivrance par le partage ... l'instant s'est volatilisé hélas. Il ne vit plus que pour son partage. Son vécu concret et réel n'est qu'un moyen au service d'une fin stérile, faussement prolongé par le like et le pouce bleu d'un Autre, abstrait numérique qui valide systématiquement, étant lui-même malade de la même maladie ... Les fous parlent aux fous par la médiation croisée du Tout, pour au final, Rien.


Un monde parallèle. Un anti-monde. La tolérance développée à ces shoots de reconnaissance et de validation vaine impose l'inflation de la dose. Les veines se font rares et ils faut désormais piquer dans l'exotique de ton être. L'intimité, l'impudique, le morbide, le ridicule, le scatophile qui sait ...


Digressions .. avant de revenir sur le runner et ses projets partagés sur la runningosphère pour validation, pour imposer la contrainte par le regard de l'Autre, abstrait numérique.


Je cours pour moi mais je partage mes runs sur les réseaux sociaux ... je fais ce que je veux. La contradiction pathologique relève-t-elle vraiment de la Liberté?

Le faux-semblant du discours validé par les faux-semblants des réactions, hypocrites intéressées quoi qu’inconscientes, l'égo aux manettes est fourbe et il aveugle.


Le runner, incarnation sectorielle de l'homme occidental fatigué de tant de confort facile et dérisoire, s'emmerde. Il est nombriliste. Déifié par la philosophie des Droits de l'Homme appliquée tout azimut à la gloire du consumérisme, in fine, il se veut centre de l'attention. La notre, qu'il tente de capter en se glissant dans le flux continuel qu'autorisent les réseaux sociaux et le web 2.0 ... Diffusant son Rien en masse, il est une lame de fond sur nos rétines. Il distille de la pleurniche, de l'angoisse. La peur de ne pas exister. De mourir ...


Le running, cet eldorado de tungstène pour les orpailleurs du néant ...


Le Joggeur Qui Râle



 

©2018 by Le Joggeur Qui Râle. Proudly created with Wix.com