Logo 2 (2).png
 
 
 

Société # 24H dans la peau d'un RUNNER ...

Updated: Jan 28

Une vie à cent à l'heure et assurément pas de tout repos! Entre le train-train du quotidien, les sessions running en groupe ou en solo et la gestion de l'image à travers les réseaux sociaux du running, le runner dit 2.0 mène une véritable vie de forçat. Certes personne ne la lui impose, mais il le vaut bien.

C'est en tout ce qu'il croit ...




24H soit un journée entière. Une journée type. Une journée sans truc dingue. Sans gros marathon à 100 balles le dossard à courir en mode "que pour le plaisir". Sans relief si ce ne c'est le grain et les aspérités d'un quotidien finalement très commun au nouveau peuple du running démocratisé. Une journée de week-end ...La tienne.


7:00

Le réveil est tôt chez le runner! Du moins aime-t-il à le croire car c 'est pas fou non plus. Surtout à la fin du printemps quand le jour perce et que la douceur incite à  te sortir le cul de ton torchon de la nuit. Bref, ce n'est pas si mal que cela et ça part d'un excellent sentiment. Mais tu ne seras pas levé.e avant un bon quart d'heure, le temps de checker kudos, pouces bleus et autres cœur sur les réseaux sociaux, ce média envahissant où la STAR, c'est toi. Ou guest star. Bon allez, soyons réalistes, tu n'es que figurant mais tu t'appliques.


7:20

La vessie est soulagée et le petit déj' est prêt à être englouti. Un petit selfie de ta résolution alimentaire #fit et #Healthy? Mince, la fatigue guette déjà. Du jus d'orange en brique et du flocon mélangé à du fruit comme sur instagram. Pas bon mais vecteur d’appartenance par le # et le semblant. La vie d'un urbain tertiarisé.


8:00

Tu déboules dans les escaliers à la conquête des bornes ... Tu as revêtu tes plus beaux habits, la panoplie du runner. Casque sur la tête et tout! Tu manques de "bouler" une poussette. Ensuite, c'est un scooter qui te frôle de trop près. la jungle urbaine.


8:15

La quiétude du parc, enfin. Relativisons. Il est bondé ce parc car tu n'as bien évidemment pas le monopole du jogging au mois de mai. Un troupeau standardisé tourne, bientôt amorphe autour de ce carré d'herbe. Mais l'enthousiasme des benêts a le mérite d'entretenir l'illusion de l'évasion.


9:00

Retour au bercail. Tu parles d'une prouesse. Cette plèbe grouillante t'a blasé, à moins que cela ne soit l'air saturé de gaz divers et variés. Hydratation et barre céréalières pour récupérer et la "jouer comme" dans la pub'!


9:01

Tu partages ta SORTIE sur les réseaux sociaux et tu modifies l'intitulé STRAVA (la sortie matinale/morning run ne fait pas rêver et tu t'inventes une sortie à jeûn au feeling avec un emoji). Bref, tu glandes sur facebook! Likes réciproques, un commentaire indigné contre ceci et envers cela, un cœur sous cet article qui aimerait te faire croire que tout ne va pas si mal, une petite dissonance cognitive et déjà tu as la nausée. Sans doute le petit déj' et le jogging trop concomitant ...


10:00

A la douche! Un peu de musique et ça se frictionne! Tout nouveau tout propre. "Ça fait du bien!". Censuré ...


10h22

Parce-que pendant la douche, il s'est forcément passé quelque chose d'incontournable, tu te visses de nouveau à ton smartphone. Ta sortie a chopé des likes et un "waoouh, t'es motivé.e, t'es TROP une machine!!! #NoPainNoGain!!". Le pire c'est que tu y crois. Qu'à moitié. La bonne moitié du  du verre à moitié plein, forcément.


11h21

Un petit coup de fil pour tuer la matinée jusqu'à l'heure du déjeuner si mérité. Un repas résolument #Healthy à base de Quinoa et de protéines animales déplumée ... la nutrition, quand on est sportif impliqué, c'est carrément FON-DA-MEN-TAL ... Tu ne cesses de l'expliquer à tes amis retors quand l'ivresse désinhibe et que tu saôules plus qu'un canon de picon.


12h00

Pile! Tu avales ton assiette en caressant l'écran soyeux de ton smartphone onéreux.


12h35 - 18h

Notre zébulon en sneaker arpente avec quelques amis les rues de la grande ville dans laquelle il végète depuis trop longtemps. Pas bégueule, il y est question de vie sentimental (de cul quoi!), du dernier ciné (une grosse déception) et des séries à la mode sur NETFLIX. Un arrêt au stand pour boire des bières et mater des culs. Street life ... Le petit crochet dans un magasin "culturel" sera le prétexte à éplucher quelques ouvrages estampillés running ... Forcément. Honteux d'acheter tes runnings on line, tu ne regardes plus l'offre réelle des boutiques en dur. Pas assez de choix et tarifs peu attractifs ta conscience balance-t-elle en filet afin de ne point s'écraser sur tes contradictions d'amoureux du petit commerce local (tes brunchs du dimanche matin - quand y a pas course ou alors après - ne ne suffisent pas à soutenir ...).


19h00

Retour bercail. Comme tu prépares un "gros" semi, et comme tu l'as lu dans un mag' spécialisé entre deux publicités, tu profites du week-end et du ciel bleu pour taper du bi-quotidien. C'est donc rebelote sur le footing ce soir. Les pouces bleus vont chauffer. Nouvelle tenue, tu déambules acte II dans les escaliers et esquives cette fois-ci les mobilités alternatives (les poussette et scooter de ce matin). Une bonne heure de jogging sous le soleil. Le bonheur. L'impression d'être impliqué et rigoureux. Ton compteur bornes mensuel tourne, vivement le bilan dans quelques jours.


20:05

Selfie et hashtags en distribution gratuite sur les réseaux sociaux. C'est cadeau. Une douche en sifflotant.Censuré ...


20:20

Bonne moisson d'inter-actions sur les réseaux. L'impression de ne pas courir pour rien. Les Progrès sont là. A tout point de vue. Je suis un runner 2.0!


20h34

Tandis que le runner contemple son génie, un coup de fil ... Célestin, Géraldine et toute la bande sont de sortie. Ils sont en bas de la rue.


20h37

Te voilà dehors ...


20h37

Tu comprends que ce soir ...


20h54

Tu es en terrasse en train de descendre ta première pinte de Carlsberg elephant en fumant des Lucky Strike ...


21h34

Vous n'avez même pas mangé sinon liquide. Tu te flagelles la conscience entre deux commandes au bar. Demain, tu iras dépenser tout cela.


23h47

Le runner mange des Falafels sur le pouce juste avant de se finir à l'irish pub.


1h12

Il vomit ...


3h45

Le lit tourne vite. très vite.



13h25

Le runner dort toujours.



16h12

Il regarde son smartphone (il ne l'a pas perdu cette fois) comme pour s’arrimer à nouveau à la vie.


18h01

Il commande, en jogging molletonné, un golden menu coca sans glaçon au mac mac du coin de la rue.


18h37

Il rote et n'ira pas courir.



(...)



Moralité


La journée du runner dure plus de 24H ...



Le Joggeur qui Râle




245 views

©2018 by Le Joggeur Qui Râle. Proudly created with Wix.com